Stop aux idées reçues !
Le praziquantel : le spécialiste des vers plats
Le praziquantel est une molécule de référence contre les cestodes, c’est-à-dire les vers plats segmentés communément appelés ténias. Il agit notamment sur Dipylidium caninum, les espèces du genre Taenia et, selon le médicament et son indication, certaines espèces d’Echinococcus.
Il est utilisé seul dans certains médicaments comme DRONCIT, mais il est très souvent associé à d’autres molécules pour élargir le spectre d’action du vermifuge. On le retrouve par exemple dans MILBEMAX, associé à la milbémycine oxime, ou dans certaines présentations de DRONTAL, associé notamment au pyrantel et au fébantel. Les associations, dosages et indications varient selon que le médicament est destiné au chien ou au chat.
Comment agit le praziquantel ?
Le praziquantel modifie la perméabilité des membranes du ver au calcium. Des ions calcium pénètrent alors rapidement dans ses cellules musculaires, entraînant une contraction intense et presque immédiate de sa musculature.
Le parasite subit une paralysie dite spastique : ses muscles restent contractés et il ne peut plus se déplacer normalement. Son tégument, c’est-à-dire l’enveloppe qui le protège contre les défenses de l’organisme et le contenu digestif, se vacuolise et se désorganise également.
Le ver perd alors sa capacité à se fixer à la paroi intestinale. Il est endommagé, détaché puis détruit ou éliminé par le système digestif.
Le coup du court-circuit !
Les isoxazolines : couper les freins du système nerveux des arthropodes
Les isoxazolines constituent une famille moderne d’insecticides et d’acaricides principalement utilisée contre les puces, les tiques et certains acariens.
Parmi les principales molécules, on trouve :
l’afoxolaner, présent dans NEXGARD et FRONTPRO ; le fluralaner, présent dans BRAVECTO ; le sarolaner, présent dans SIMPARICA ; le lotilaner, présent dans CREDELIO.
Certaines de ces molécules sont également proposées dans des associations destinées à couvrir simultanément plusieurs catégories de parasites. C’est notamment le cas de NEXGARD SPECTRA, qui associe l’afoxolaner à la milbémycine oxime, ou de BRAVECTO PLUS, qui associe le fluralaner à la moxidectine pour certaines indications chez le chat.
Comment agissent les isoxazolines ?
Dans le système nerveux des arthropodes, des canaux chlorure contrôlés notamment par le GABA permettent de ralentir l’activité des neurones. Le GABA joue donc le rôle d’un frein naturel.
Les isoxazolines bloquent ces canaux. Les ions chlorure ne circulent plus normalement et le message inhibiteur ne peut plus exercer son action. Privé de son « frein », le système nerveux du parasite devient excessivement actif.
Cette hyperexcitation prolongée provoque une activité nerveuse incontrôlée, puis la paralysie et la mort de la puce, de la tique ou de l’acarien.
Une action systémique, mais généralement pas répulsive
Après administration, la molécule est présente dans l’organisme de l’animal traité. La puce ou la tique doit généralement commencer à se nourrir pour y être exposée.
Les isoxazolines tuent les parasites, mais elles ne les empêchent pas nécessairement de monter sur l’animal ou de commencer leur repas. Il ne faut donc pas confondre une activité acaricide ou insecticide avec un effet répulsif ou anti-gorgement.
La vitesse d’action, la durée de protection, les parasites ciblés et les précautions d’utilisation diffèrent selon la molécule et le médicament choisi.
Des Parasites qui pètent les plombs ?
Les lactones macrocycliques : provoquer une paralysie flasque
Les lactones macrocycliques comprennent deux grands groupes : les avermectines et les milbémycines.
Parmi les molécules utilisées chez les animaux de compagnie figurent notamment :
la milbémycine oxime, présente dans MILBEMAX et MILPRAZON, généralement associée au praziquantel ; la sélamectine, présente dans STRONGHOLD ; la moxidectine, présente notamment dans ADVOCATE, associée à l’imidaclopride, ou dans BRAVECTO PLUS, associée au fluralaner ; l’ivermectine, utilisée dans certaines indications et formulations vétérinaires spécifiques.
Selon la molécule, le médicament et l’espèce concernée, cette famille peut agir contre différents vers ronds, certaines larves de vers cardiaques ou pulmonaires, des acariens, des poux et parfois des puces.
Comment agissent-elles ?
Les lactones macrocycliques ciblent principalement des canaux chlorure activés par le glutamate, présents dans les cellules nerveuses et musculaires des invertébrés.
Lorsqu’elles se fixent sur ces canaux, elles augmentent l’entrée des ions chlorure dans les cellules. La membrane devient alors hyperpolarisée et ne peut plus transmettre correctement les impulsions nerveuses.
Les muscles du parasite cessent progressivement de répondre. Contrairement à la contraction brutale provoquée par le praziquantel, les lactones macrocycliques entraînent une paralysie flasque : le parasite devient mou, immobile et incapable de se nourrir ou de maintenir ses fonctions essentielles.
Pourquoi une même famille couvre-t-elle autant de parasites ?
Les canaux glutamate-chlorure ciblés par ces molécules sont présents chez de nombreux invertébrés. Cela explique que certaines lactones macrocycliques puissent agir à la fois contre des nématodes et contre certains arthropodes.
Toutes ne sont pourtant pas interchangeables. La sélamectine, la moxidectine et la milbémycine oxime ne possèdent pas exactement les mêmes indications, la même diffusion ni la même durée d’action.
Certaines sensibilités individuelles doivent également être prises en compte. Chez les chiens présentant une mutation du gène MDR1, notamment dans certaines lignées de Colleys et de races apparentées, la prudence est indispensable avec plusieurs molécules de cette famille.
Bon à savoir !
Les terpènes d’huiles essentielles : des mécanismes naturels multiples
Les huiles essentielles sont des mélanges très concentrés de molécules aromatiques volatiles. Une même huile essentielle peut contenir plusieurs dizaines de composés différents, dont une grande partie appartient aux terpènes et aux terpénoïdes.
Parmi les substances régulièrement retrouvées dans les produits à visée répulsive figurent notamment :
le géraniol, présent dans le géranium ou la citronnelle ; le citronellol et le citronellal, caractéristiques de plusieurs citronnelles ; le linalol, retrouvé notamment dans la lavande ; le limonène, présent dans les agrumes ; l’eucalyptol, également appelé 1,8-cinéole ; certains composés du tea tree, comme le terpinène-4-ol.
Les effets obtenus dépendent fortement de la nature de l’huile, de sa composition, de sa concentration, de sa formulation et de la sensibilité du parasite ciblé.
Une première action : perturber le repérage de l’animal
Les puces, moustiques, phlébotomes et autres arthropodes utilisent notamment la chaleur, le dioxyde de carbone et différentes odeurs corporelles pour localiser leur hôte.
Certains terpènes libèrent une odeur intense capable de perturber leurs récepteurs sensoriels. Le parasite peine alors à identifier ou à accepter l’animal comme source de nourriture. On parle principalement d’action répulsive.
Cet effet ne signifie pas nécessairement que le parasite est tué. Il peut simplement s’éloigner ou renoncer temporairement à se poser.
Une deuxième action : fragiliser les membranes
Plusieurs terpènes sont lipophiles : ils possèdent une affinité pour les matières grasses. Ils peuvent ainsi s’insérer dans les membranes cellulaires ou dans les structures protectrices des arthropodes.
À concentration suffisante, cette interaction augmente la perméabilité des membranes, perturbe leur équilibre et peut provoquer des pertes d’eau ou d’ions. Le fonctionnement des cellules devient alors difficile, voire impossible.
Cet effet reste toutefois très dépendant de la dose. Une concentration trop faible peut être inefficace, tandis qu’une concentration trop élevée peut également irriter la peau ou intoxiquer l’animal traité.
Une troisième action : perturber le système nerveux
Certains constituants d’huiles essentielles semblent interférer avec plusieurs enzymes, neurotransmetteurs ou canaux ioniques des arthropodes. Des interactions avec l’acétylcholinestérase, le système octopaminergique ou certains récepteurs GABA ont notamment été étudiées.
Ces perturbations peuvent entraîner une désorientation, une baisse de la mobilité, une incapacité à se nourrir, puis la paralysie du parasite. Cependant, ces mécanismes ne sont pas identiques pour tous les terpènes et une partie des résultats provient encore d’études réalisées en laboratoire.
Pourquoi leur action est-elle souvent plus courte ?
Les terpènes sont volatils : ils s’évaporent progressivement au contact de l’air. Cette propriété favorise la diffusion de leur odeur, mais réduit également leur persistance.
La chaleur, les bains, la pluie, le sébum et les frottements peuvent encore raccourcir leur durée d’action. Une formule naturelle peut donc nécessiter des applications plus fréquentes sans pour autant garantir une protection équivalente à celle d’un médicament vétérinaire dont l’efficacité et la rémanence ont été évaluées.
Naturel ne signifie pas automatiquement inoffensif
Les huiles essentielles sont extrêmement concentrées. Leur usage pur ou leur dosage improvisé peut provoquer une irritation cutanée, une hypersalivation, des vomissements, des difficultés respiratoires ou des troubles neurologiques.
Le chat présente une sensibilité particulière à plusieurs composés aromatiques, notamment parce que son organisme élimine difficilement certaines substances. L’ingestion peut aussi survenir après une application cutanée, simplement lorsque l’animal lèche son pelage.
Les huiles essentielles ne doivent donc pas être appliquées pures, données par voie orale ou diffusées à proximité immédiate d’un animal sans vérifier leur compatibilité avec l’espèce concernée. Il est préférable d’utiliser uniquement une formulation vétérinaire clairement destinée au chien ou au chat, en respectant son mode d’emploi.
Des Parasites qui ont du pif ?
Comment choisir entre ces différentes familles ?
Le choix ne doit pas se résumer à une opposition entre « chimique » et « naturel ». Il faut avant tout se demander quel parasite doit être ciblé, quelle durée de protection est recherchée et si l’animal présente des facteurs de risque particuliers.
Le praziquantel reste un spécialiste des vers plats. Les isoxazolines ciblent surtout les puces, les tiques et certains acariens. Les lactones macrocycliques couvrent, selon les molécules, différents vers ronds et parasites externes. Les terpènes sont principalement employés pour leur action répulsive, avec une efficacité et une durée plus variables.
En cas d’infestation importante, de symptômes inhabituels, de voyage dans une zone à risque ou de doute sur une association de produits, l’avis du vétérinaire reste indispensable.
Au final ?
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